Brèves de salle d’attente – épisode 4

Chaque jour nous recevons des dizaines de messages. 
Des appels au secours la plupart du temps mais aussi parfois des témoignages remplis d’espoir qui nous incitent à poursuivre notre engagement.

Le constat est dramatique et sans appel : même si chaque histoire est singulière, elles sont toutes similaires. 

Parce que ces situations sont indignes de notre pays, que les promesses sont insuffisantes et qu’il est urgent de prendre des mesures concrètes, nous avons décidé d’en retranscrire certaines.

Des cas cliniques, des faits, juste des faits, sans commentaire, comme un état des lieux de la prise en charge de la santé mentale des enfants et des adolescents en France et de l’ampleur de la méconnaissance des troubles psychiques dans cette tranche d’âge. 
Parce qu’il n’y a pas de discours plus puissant que le vécu des familles.
Parce qu’on ne peut rien objecter à la réalité qui ne relève ni d’une opinion ni d’une croyance. 

➡️ Pour alerter,
➡️  Pour arrêter d’attendre 
➡️ Pour faire réagir,
➡️ Pour agir,
➡️ Pour que personne ne puisse plus jamais dire « on ne savait pas »…
➡️  Pour que chacun prenne ses responsabilités.

En tant qu’association de parents, nous avons pourtant des solutions simples à proposer et nous ne demandons qu’à être entendu. 

Et vous, vous feriez quoi ?

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Pour qu’il ne soit plus jamais trop tard.
 
Léo a 10 ans. Il est né dans le cadre d’une GPA aux Etats-Unis et vit avec sa sœur jumelle et ses deux papas. Au niveau des antécédents familiaux, du côté de son père génétique, il y a un oncle qui s’est suicidé, un cousin diagnostiqué bipolaire et plusieurs personnes dépressives.
 
Dès l âge de 4 ans Léo se montre opposant, colérique, émotionnellement électrique, assez desobeissant. Puis après des hauts et des bas, quelques passages chez un psychologue, son entrée en CE2 marque le début de l’enfer. Léo devient très colérique, agressif et violent verbalement, et même physiquement avec ses parents. Il fait des crises clastiques qui peuvent durer des heures avec vol d’argent et achat compulsif. Cela s’accompagne même d’une mise en danger car il fugue régulièrement.
Ses parents débutent alors un nouveau suivi chez une psychologue psychanalyste. Léo ne parle jamais, ses deux papas sont présents à toutes les séances. Ses papas doivent se battre pour l’y emmener, souvent de force. La situation continue de se dégrader. La psychanalyste voit les symptômes de Léo comme l’expression d’un problème identitaire en lien avec l’histoire de sa naissance. 
Ses parents décident alors de consulter un pédopsychiatre en libérale.  Léo a alors 8 ans. Ce médecin est décrit par ses parents comme très investi et à l’écoute. Dès le départ, il diagnostique un TDAH mais pressent que Léo a d’autres comorbidités dont des troubles anxieux. Après l’échec du Methylphenidate (crise de tristesse le soir), un antidépresseur est rapidement prescrit (Fluoxetine). 
Pendant quelques semaines ses parents parlent de « miracle » et disent retrouver Léo. Mais très vite son état se dégrade à nouveau. La Fluoxetine est augmentée. Une amélioration est constatée pendant quelques jours. Puis Léo commence à prendre des risques, à moins considérer le danger.
 
La rentrée arrive, l’automne est catastrophique. C’est à ce moment-là qu’est introduit l’Abilify pour la première fois. La posologie est rapidement augmentée mais Léo réagit mal : ralentissement, tremblements. L’Abilify est arrêté et remplacé par du Risperdal. Comme aucune amélioration n’est constatée, tous les traitements sont arrêtés progressivement.  
 
Pendant 2 mois Léo fait de fortes crises : insultes, méchanceté envers d’autres enfants comme sa sœur ou ses cousines voire violence psychologique, violence verbale et physique sans limite avec ses parents. 
Le pédopsychiatre recommande aux parents d’appeler les pompiers et fait une demande d’hospitalisation auprès de l’hôpital de secteur. Après 2 passages aux urgences Léo est hospitalisé une première fois dans un service spécialisé dans l’évaluation des troubles du neurodéveloppement pour 2 semaines. 
Léo ressort avec un diagnostic de TDAH et de TDDE. 
On lui prescrit de la Fluoxetine. 2 mois plus tard il est de nouveau hospitalisé pendant une semaine. 
L’Abilify est de nouveau prescrit et est mieux toléré. Le CMP prend la relève de l’hospitalisation. Léo s’oppose farouchement à toute psychothérapie.
Pendant 2 ou 3 mois, il a des hauts des bas, son état reste très instable et les doses sont augmentées. 
Léo est très agité, la violence est de retour (elle n est jamais vraiment partie). La Fluoxetine est arrêtée au profit de la Sertraline qui est augmentée progressivement. 
Cela apporte quelques jours de calme avant une « franche dégringolade » selon l’expression de ses parents. 
L’Abilify est augmenté. A l’automne la Sertraline est augmentée une dernière fois. Cela marque le début d’une période décrite comme cauchemardesque par ses parents et qui durera un mois.  Léo fait un virage hypomaniaque mixte. La noirceur est intense, les crises se multiplient, la plus petite frustration est insupportable.
 
Léo traverse des moments de culpabilité où il se frappe. Il dort moins, est agité en permanence, se dispute tout le temps avec tous les enfants, fait preuve de méchanceté gratuite, vole, mange pendant les crises de manière compulsive.  Son pédopsychiatre en libéral s’inquiète et parle de bipolarité juvénile. 
Il connaît mal le sujet, il demande à ses parents de réduire les doses des médicaments et présente la situation de Léo à des collègues plus spécialistes qui conseillent de débuter le Lithium et d’arrêter immédiatement la Sertraline. 
Le Lithium est débuté. Au même moment un hôpital répond à la demande  d’hospitalisation déposée dans plusieurs hôpitaux par ses parents qui sont au bord du burn out.
Il s’agit d’un nouvel hôpital. Ils repartent de 0. Le Lithium n’est pas poursuivi. Tous les traitements sont arrêtés et commence alors une phase d’observation. Seule le Loxapac est administré pour contenir l’agitation. L’Abilify est réintroduit, du Xurta est ajouté. Le médecin annonce aux parents qu’ils ont fait le tour des solutions médicamenteuses « classiques » et qu’il débutait désormais une approche individualisée. Le Tegretol est alors introduit.  
Malgré tout quand les parents interrogent les médecins le diagnostic de troubles de l’humeur est toujours écarté. Depuis, à l’hôpital, Léo est moins opposant, plus stable, mais les visites de ses parents et les permissions le déstabilisent systématiquement et son humeur s’effondre. 
 
Cela fait maintenant 3 mois que Léo est hospitalisé. Ses parents se disent perdus. Le chef de l’unité leur fait une nouvelle restitution : Le Tégrétol n’a pas donné les résultats attendus (fatigue, agitation, déprime). D’après lui si Léo réagit mal au thymorégulateur c’est qu’il n’a probablement pas un trouble de l’humeur. 
Ses parents évoquent la cyclothymie, le médecin sourit : la cyclothymie n’existe pas vraiment avant 20 ou 30 ans.
Sa conclusion est la suivante : Léo les met tous, parents, soignants en échec et en difficulté pour l’amener vers le mieux et à minima la psychothérapie mais il n’y a pas vraiment de « molécule » pour Léo à part le Xurta qu’il peut encore augmenter et l’Abilify qui le contient un peu. La plupart de ses symptômes seraient psychologiques. 
Malgré tout ses papas gardent espoir à chaque fois qu’ils croisent le sourire lumineux de leur fils. 
Ils pensent reparler du Lithium avec le pédopsychiatre qui suit Léo en libéral.

Brèves de salle d’attente – épisode 3

Chaque jour nous recevons des dizaines de messages. 
Des appels au secours la plupart du temps mais aussi parfois des témoignages remplis d’espoir qui nous incitent à poursuivre notre engagement.

Le constat est dramatique et sans appel : même si chaque histoire est singulière, elles sont toutes similaires. 

Parce que ces situations sont indignes de notre pays, que les promesses sont insuffisantes et qu’il est urgent de prendre des mesures concrètes, nous avons décidé d’en retranscrire certaines.

Des cas cliniques, des faits, juste des faits, sans commentaire, comme un état des lieux de la prise en charge de la santé mentale des enfants et des adolescents en France et de l’ampleur de la méconnaissance des troubles psychiques dans cette tranche d’âge. 
Parce qu’il n’y a pas de discours plus puissant que le vécu des familles.
Parce qu’on ne peut rien objecter à la réalité qui ne relève ni d’une opinion ni d’une croyance. 

➡️ Pour alerter,
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Pour qu’il ne soit plus jamais trop tard.
 
Léa a 16 ans.  Depuis toute petite, Léa a toujours été très active, artiste dans l’âme, elle joue du piano et de la guitare. Elle est décrite par sa mère comme désordonnée dans ses affaires comme dans ses pensées. On note également un manque d’attention. Plus jeune, Léa était parfois sujette à des crises de colère avec une forte intolérance à la frustration. Les conflits avec ses copines sont récurrents et elle ne les garde jamais très longtemps. 
 
Léa vit dans le sud-ouest de la France avec sa mère et son frère. Son père s’est suicidé il y a 3 ans. Léa, comme le reste de la famille, a régulièrement subi l’agressivité de son père pour lequel un trouble bipolaire a toujours été soupçonné. Mais il a toujours refusé se faire soigner. Son frère a été diagnostiqué TDAH.
Léa est âgée de 13 ans au décès de son père et c’est à cet âge que débute sa prise en charge. 
Léa va mal.  Un traitement antidépresseur (Paroxétine) est alors initié par son médecin généraliste. L’effet est immédiat mais avec un épuisement thérapeutique au bout de quelques semaines. C’est à ce moment-là que, d’après sa maman, Léa « vrille ». Elle se met à consommer de l’alcool et à fumer des joints. 
Elle est hospitalisée pour la première fois. Mais comme elle vient de perdre son papa, c’est mis sur le compte du choc émotionnel. 
La Paroxétine est alors remplacée par la Sertraline. Le traitement n’est maintenu qu’une semaine car Léa est très agitée voire excitée.  Tous les traitements sont arrêtés et elle est renvoyée chez elle. La Ritaline est évoquée mais non prescrite.
La semaine d’après elle est hospitalisée à nouveau. La Fluoxétine est introduite en association avec l’Aripiprazole à petite dose en plus du Tercian.
De nouveau, rapidement les effets thérapeutiques s’épuisent et la Fluoxétine a des effets secondaires. L’Aripiprazole est alors augmenté et elle est remis de nouveau sous Sertraline.
Au retour à la maison les doses de Tercian la sédatent énormément et elle dort 20H sur 24H. La maman décide de l’arrêter.
 
Depuis la réintroduction de la Sertraline, sa maman décrit Léa comme très agressive voire de plus en plus. Ce qui la conduit même à appeler la police car sa fille l’a menacée avec un couteau. Léa finit en garde à vue.
 
Léa fait une TS, c’est sa troisième, elle est hospitalisée de nouveau.  La Sertraline est arrêtée, l’Aripiprazole augmenté et le Tercian réintroduit. 
 
La maman interroge les médecins sur la pertinence de l’introduction du Lithium mais pour les médecins ce n’est pas la prescription de première intention. Quand elle parle du papa, on lui répond que ce n’est pas héréditaire et qu’il est inutile de le prendre en compte. Ils lui expliquent qu’ils préfèrent augmenter les doses d’Aripiprazole plutôt que de mettre du Lithium car, d’après eux, il s’agit d’un produit plus dangereux et pour lequel elle est trop jeune.
Malgré tout, la maman insiste, le médecin lui répond alors qu’il ne peut rien faire de plus et que si elle souhaite du Lithium, il faut se tourner vers un Centre Expert.
Il conclu en lui disant que sa fille va bien et que l’adolescence peut se mêler à tout ça.
La maman s’oppose à sa sortie de l’hôpital car, à l’inverse des médecins, elle trouve sa fille encore très instable. Léa, quant à elle, a une impérieuse envie de sortir de l’hôpital et sa maman appréhende le retour à la maison.  Les médecins insistent pour qu’elle la récupère en précisant que sinon cela risquait de créer des conflits plus importants entre elle et sa fille.  Ils lui proposent de mettre en place une aide avec des éducateurs et lui conseillent d’appeler le 17 si une nouvelle crise venait à se produire. 
 
La maman repart avec sa fille, une ordonnance d’Aripiprazole avec des doses augmentées et du Tercian. Léa a déjà pris 10kg en quelques mois. Elle se dit prête à tout pour aider et même sauver sa fille.

Brèves de salle d’attente – épisode 2

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Le constat est dramatique et sans appel : même si chaque histoire est singulière, elles sont toutes similaires. 

Parce que ces situations sont indignes de notre pays, que les promesses sont insuffisantes et qu’il est urgent de prendre des mesures concrètes, nous avons décidé d’en retranscrire certaines.

Des cas cliniques, des faits, juste des faits, sans commentaire, comme un état des lieux de la prise en charge de la santé mentale des enfants et des adolescents en France et de l’ampleur de la méconnaissance des troubles psychiques dans cette tranche d’âge. 
Parce qu’il n’y a pas de discours plus puissant que le vécu des familles.
Parce qu’on ne peut rien objecter à la réalité qui ne relève ni d’une opinion ni d’une croyance. 

➡️ Pour alerter,
➡️  Pour arrêter d’attendre 
➡️ Pour faire réagir,
➡️ Pour agir,
➡️ Pour que personne ne puisse plus jamais dire « on ne savait pas »…
➡️  Pour que chacun prenne ses responsabilités.

En tant qu’association de parents, nous avons pourtant des solutions simples à proposer et nous ne demandons qu’à être entendu. 

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Pour qu’il ne soit plus jamais trop tard.
 
Mathilde a 8 ans et vit dans l’ouest de la France.  
Elle est suivie depuis ses 5 ans mais présente des troubles du comportement, du sommeil et de l’alimentation depuis l’âge de 6 mois. A 5 ans elle a été victime d’un attouchement par un adolescent (main dans la culotte). Elle a une soeur de 12 ans compréhensive et bienveillante considérée comme HPE. Malgré tout elle a développé des troubles anxieux et des TOCs que sa psychologue attribue au climat familial. En effet, selon elle,  cela lui permettrait de contrôler ce qu’elle peut à défaut de pouvoir contrôler les comportements de sa soeur. 
La famille est unie et les parents sont soudés. 
 
Mathilde  a reçu un diagnostic de trouble envahissant du développement par une pédopsychiatre en CMP mais ce diagnostic a été remis en question par un professeur après la passation de l’ADOS-2, il a alors parlé de traumatisme en lien avec les attouchements subis. 
 
Plusieurs prises en charge ont été mises en place : neuropsychologue, psychomotricien, CMP (pédopsychiatre, psychologue, éducateur spécialisé, ateliers d’habileté sociale) et différents traitements ont été essayés : Atarax, Nozinan, Risperidone, Medikinet, Slenyto, Largactil.
L’Atarax n’a pas fonctionné. le Rispéridone a été efficace mais l’a beaucoup fait grossir. Le Largactil a dû être arrêté au bout d’un an à cause d’effets secondaires importants (grande sécheresse de la bouche et des yeux). Le Slenyto l’a rendue plus agressive. 
 
Malgré les nombreux suivis et les essais médicamenteux, les parents ne constatent aucune amélioration sur le comportement et le bien-être de leur fille.
Ils s’interrogent sur le début d’une bipolarité. Du côté de la maman des troubles bipolaires sont retrouvés sur 3 générations (mère, grand-père, arrière-grand-mère). Du côté du papa on retrouve aussi de la schizophrénie et des comportements marginaux avec addictions. 
 
Les difficultés quotidiennes rencontrées sont :
  • agressivité verbale et physique avec une grande intolérance à la frustration
  • dans la confrontation et l’opposition permanente, recherche systématiquement le conflit
  • se considère comme une adulte et pense pouvoir faire ce qu’elle veut
  • hyperactivité permanente, fait du bruit, a besoin d’attirer l’attention
  • difficultés d’endormissement avec fatigue le matin et somnolence dans la journée
  • hypersexualité depuis ses 4 ans (découverte et pratique de la masturbation)
  • hypersensorialité : aliment, vêtement (couture, élastique)
  • difficultés à gérer ses émotions positives ou négatives
  • souvent dans les excès : elle peut avoir un comportement totalement inadapté et être indifférente à la réaction des autres ou à l’inverse être très généreuse et dans l’empathie extrême
  • régression par moment : fait le bébé. 
  • recherche une présence physique réconfortante
  • comportement de harcèlement récurrent envers ses parents, sa soeur et parfois ses chats
  • ne supporte pas l’ennui et à tendance à voler dans ces moments-là (affaires, nourriture)
  • difficultés pour aller à l’école en lien avec des difficultés scolaires et au fait de devoir se contenir aux prix d’efforts coûteux 
  • hallucinations (Mathilde voit des scènes et des personnes qui lui font peur lorsqu’elle ferme les yeux, elle a souvent des pensées horrifiantes qu’elle qualifie de cauchemars. Elle dit souvent penser à la mort de ses proches et la visualise parfois.)
  • tendance à l’affabulation
 
Ces symptômes s’aggravent de jour en jour en laissant la famille totalement démunie et en grande souffrance.
 
En consultation Mathilde parvient à prendre sur elle et à « dissimuler » ses symptômes avant d’exploser avec ses parents au retour au domicile. Mathilde ment même régulièrement et a affirmé que ses parents la frappait ce qui a eu pour conséquence un signalement de la part de la psychologue.  
Cela entraîne de grandes difficultés pour la famille dont la parole est systématiquement discréditée. Cela a même poussé les parents à réaliser des vidéos et des photos des crises qui se déroulent majoritairement à la maison. Mais pour le CMP cela a renforcé l’idée qu’il s’agissait d’un problème éducatif. 
 
La famille a réalisé un arbre généalogique précis avec l’ensembles des antécédents familiaux mais le CMP considère que « ça n’a rien à voir ». Cependant ils font remarquer aux parents que ces antécédents familiaux « lourds » pourraient impacter négativement leur éducation et induire des relations nocives avec Mathilde.
 
 A l’issue d’un énième rendez-vous, le diagnostic de cyclothymie/bipolarité est écartée par la pédopsychiatre du CMP car elle n’a été témoin d’aucun symptôme décrit par les parents.
Cependant elle avoue être à court d’idée et la seule solution proposée est l’intervention d’une TISF ou de l’aide sociale à l’enfance. Elle rajoute que légalement elle ne peut désormais plus justifier la prescription de neuroleptiques.
 
Le rendez-vous se clôture par une prescription de Théralène et sur ces mots : 
 « On ne dit pas qu’on ne vous croit pas, mais on n’est témoin d’aucun symptôme dont vous nous parlez.
On entend vos appels au secours et concevons votre épuisement qui, selon nous,  mettent davantage Mathilde en insécurité » .

Love We Need : un concert caritatif vibrant au profit de l’association Bicycle

Samedi 15 novembre, à 19h, l’Espace André-Malraux d’Herblay-sur-Seine a résonné au rythme de la solidarité et du rock. Le concert caritatif Love We Need, organisé au profit de l’association Bicycle, a rassemblé un public nombreux venu soutenir notre cause tout en profitant de trois performances musicales d’une grande énergie.

En intro, petite nouveauté, un petit film de quelques minutes a été diffusé. Il a permis de présenter le rôle de Love We Need, les actions de Bicycle et le trouble expliqué par les enfants. Les fonds récoltés permettent de financer nos ateliers Tandem.

The Shamallows : l’ouverture punk-rock qui secoue la salle

La soirée s’est ouverte avec The Shamallows, jeune formation issue du conservatoire d’Herblay. Le groupe a donné le ton avec une setlist percutante, puisant dans les références du punk et du rock alternatif : Radio Head, Green Day, System of a Down, Red Hot Chili Peppers ou encore Rage Against the Machine et Måneskin. Une entrée en matière puissante, parfaitement calibrée pour lancer l’événement.

Session B : l’élégance blues-rock

Le relais a été assuré par Session B, groupe blues-rock d’Herblay, qui a offert un moment plus suave mais tout aussi intense. Albert Collins, T Bone Walker, Shotgun Sawyer, The Doors…

Parmi les reprises marquantes, leur version de “I Put a Spell on You” (Sceaming Jay Hawkins) a clairement envoûté le public, portée par une maîtrise musicale affirmée et une belle complicité scénique.

He’s Not : la révélation confirmée

La soirée s’est conclue en apothéose avec He’s Not, groupe originaire du Val d’Oise, remarqué au dernier Festival Rock en Seine lors du concours Tremplin Première Seine de la Région Île-de-France. Le quatuor a livré une performance impressionnante.

« Ce qu’il faut savoir sur nous, c’est que nous sommes là pour vous faire profiter et prendre un bon shoot d’émotion. »

Dès les premières notes de leur titre phare “Stronger than you” (à écouter par ici https://youtu.be/M2GiK_iQrWs?si=1UPN_iD74L5iEXI- ) la voix chaude, nuancée, post-punk-pop de la chanteuse-guitariste capte l’attention. Le reste du groupe n’est pas en retrait : Lena la bassiste et Margot la guitariste rythmique occupent brillamment l’espace avec leur stylisme en accord avec le son du groupe quand Raphaël le batteur, sous ses airs de bon élève au premier abord, appui brillamment l’ensemble, tissant un univers sonore psyché et puissant qui n’est pas sans rappeler les Pixies, dont ils ont interprété l’unique reprise de leur prestation.
Set list : Stronger than you, Time machine, Safer, Enough, Monkey gone to heaven (cover de Pixies), Back again, YES!!

A noter les belles paroles de Laura qui a remercié plusieurs fois Love We Need de leur permettre de jouer au profit de la belle cause de Bicycle !

Un moment musical généreux et engagé

Entre énergie punk, groove blues-rock et fraîcheur indie-psyché, la soirée Love We Need a parfaitement rempli sa double mission : offrir un concert de qualité et soutenir l’action de notre association Bicycle. Encore une belle édition pour laquelle le public à bien pris rendez-vous, grâce à l’engagement des bénévoles de Love We Need, de Bicycle et bien-sûr des formidables artistes qui chaque année nous font le plein d’émotions vibrantes, encore merci à eux 💝

Illustration : Thymie, la mascotte de l’association Bicycle par RicoGripoil.

Brèves de salle d’attente – épisode 1

Chaque jour nous recevons des dizaines de messages. 
Des appels au secours la plupart du temps mais aussi parfois des témoignages remplis d’espoir qui nous incitent à poursuivre notre engagement.

Le constat est dramatique et sans appel : même si chaque histoire est singulière, elles sont toutes similaires. 

Parce que ces situations sont indignes de notre pays, que les promesses sont insuffisantes et qu’il est urgent de prendre des mesures concrètes, nous avons décidé d’en retranscrire certaines.

Des cas cliniques, des faits, juste des faits, sans commentaire, comme un état des lieux de la prise en charge de la santé mentale des enfants et des adolescents en France et de l’ampleur de la méconnaissance des troubles psychiques dans cette tranche d’âge. 
Parce qu’il n’y a pas de discours plus puissant que le vécu des familles.
Parce qu’on ne peut rien objecter à la réalité qui ne relève ni d’une opinion ni d’une croyance. 

➡️ Pour alerter,
➡️ Pour arrêter d’attendre 
➡️ Pour faire réagir,
➡️ Pour agir,
➡️ Pour que personne ne puisse plus jamais dire « on ne savait pas »…
➡️ Pour que chacun prenne ses responsabilités.

En tant qu’association de parents, nous avons pourtant des solutions simples à proposer et nous ne demandons qu’à être entendu. 

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Pour qu’il ne soit plus jamais trop tard.

Baptiste a 13 ans et est suivi depuis ses 7 ans. Il a reçu les diagnostics suivants : THPI puis  TDAH massif avec dérégulation émotionnelle et TOP.

Il a des pensées suicidaires et sa scolarité est ingérable
Il est sous Quazym matin et soir et sous Abilify.
Malgré tout il fait des crises clastiques dont il ne se souvient pas et a maintenant des accès de violence physique envers les autres et peut menacer les adultes.
Il a une reconnaissance de handicap à 80 %.
Malgré un suivi très important (psychomotricité, psychologie, ergothérapie) et un cadre familial bienveillant et cadrant, il paraît impossible aux parents que les diagnostics reçus pour leur enfant soient à eux seuls responsables de ces comportements tellement inadaptés et de cette incapacité à gérer la moindre frustration et contrainte. 

Les parents s’interrogent sur une éventuelle bipolarité juvénile d’autant plus qu’au niveau des antécédents la grand-mère de Baptiste était bipolaire mais les parents se cognent à la réponse de la pédopsychiatre qui malgré le fait que les parents soulignent qu’elle soit très compétente et soutenante leur répond qu’aucun diagnostic de ce type ne peut être posé avant l’âge de 18-20 ans… 

Que tout peut évoluer dans un sens ou dans l’autre et que le prendre en charge trop tôt pour la bipolarité, si jamais le diagnostic n’est pas le bon, pourrait aggraver la situation…
Seulement ses parents ne voient pas comment la situation pourrait être plus grave.
Ils se demandent s’il faut vraiment attendre ses 20 ans et qu’il ait loupé sa scolarité et une partie de son avenir alors qu’il a des capacités incroyables.
Mais aussi s’il faut qu’ils envisagent une séparation pour souffler une semaine sur deux alors qu’ils n’ont aucune envie de se séparer. 

Sans parler de son petit frère de 3 ans qui vit dans la tension permanente et les cris…

Baptiste en est à son 4ème établissement scolaire après avoir même essayé les écoles hors contrat et hors de prix en faisant 2 heures de route par jour…

Il est annoncé à la famille un an minium d’attente pour l’Itep (pour lequel les parents sont convaincus que leur fils n’a pas sa place), 2 ans d’attente pour l’hôpital de jour.
Les parents sont au bord de l’épuisement, ils réclament de l’aide et ont même envisagé de saisir le JAF pour que leur fils soit placé alors qu’ils sont convaincus que la solution n’est pas là non plus…

Cette famille habite dans le sud de la France mais est prête à faire des kilomètres pour trouver une solution et soigner leur enfant.

La santé mentale grande cause sémantique

Après le décès de la surveillante poignardée à mort par un collégien de 14 ans devant son établissement à Nogent (Haute-Marne), la presse a rapidement rapporté les propos du procureur qui indique que ce jeune ne présente « aucun signe évoquant un possible trouble mental ». Et d’ajouter qu’il « n’exprime pas de regrets ni aucune compassion pour la victime ». De plus son acte était prémédité car il avait consciemment emporté un couteau de cuisine avec l’intention de s’en prendre à une surveillante. 

L’enquête nous apprend qu’il est même « référent harcèlement » et qu’il est issu d’une « famille unie et insérée professionnellement » qui ne présente « aucun antécédent judiciaire ». 

Sa couleur de peau et sa religion ne peuvent même pas rassurer les plus populistes d’entre nous.

Rien ne semble alors expliquer un tel geste. 

Le pays se fige et les parents parfaits sont en PLS. En France on a toujours besoin de trouver un coupable, ça rassure et ça évite de se remettre en question.

Si ce jeune n’est pas malade, est-ce notre société qui est capable d’engendrer de tels monstres ? Dans tous les cas, elle est responsable de ne pas savoir les accompagner. 

Heureusement le gouvernement s’empresse de trouver de nouvelles hypothèses, la faute aux réseaux sociaux (qu’il fréquentait peu) et aux cuisines (enfin aux couteaux qui s’y trouvent). 

Mais heureusement sur les réseaux sociaux, ceux là même qui prônent leur interdiction et s’insurgent contre la violence, déversent leur haine et ne tardent pas à trancher  : les parents ne savent plus élever leurs enfants, à leur époque, une bonne paire de baffes et cela aurait été réglé. Eux, des coups ils en ont reçus et ça ne les a pas tués !

Parfois, souvent, surtout en matière de faits divers,  quand la presse s’en mêle, elle s’emmêle dans les dénominations quand ce ne sont pas les personnes dont elle rapporte les propos, ajoutant à la confusion générale.  

Mais alors qu’appelle-t-on un « trouble mental » ? 

Pour le grand public, une personne qui souffre d’un trouble mental, c’est un « fou », un « déséquilibré », un « détraqué »,  un « cinglé », un « dingue », un « dégénéré » qui commet des actes graves, dangereux et répréhensibles. La langue française n’est pas avare de termes péjoratifs pour les désigner. Dans l’imaginaire collectif, c’est celui qui est capable de tuer. C’est aussi celui qui mérite d’être enfermé au mieux dans un centre psychiatrique fermé au pire dans une prison jusqu’à la fin de ses jours. 

Aujourd’hui les professionnels de santé utilisent essentiellement 2 classifications psychiatriques pour les aider à la pose d’un diagnostic de trouble mental, le DSM-5 (Manuel Diagnostique et Statistiques des Troubles Mentaux) qui est publié par l’Association Américaine de psychiatrie et la CIM-11 (Classification internationale des maladies) publiée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

Ces classifications décrivent les symptômes et les critères diagnostiques de chaque trouble mental. 

D’après l’OMS un trouble mental se caractérise  par une altération majeure, sur le plan clinique, de l’état cognitif, de la régulation des émotions et du comportement d’un individu. Il s’accompagne généralement d’un sentiment de détresse ou de déficiences fonctionnelles dans des domaines importants. 

Les troubles mentaux peuvent être d’origines très différentes, chroniques ou permanents, il sont souvent qualifié d’handicaps invisibles. 

On peut différencier différentes grandes catégories de troubles mentaux. Ainsi on retrouve dans ces classifications :

  • les troubles neurodéveloppementaux : TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité), TSA (Trouble du Spectre Autistique), TDI (Trouble du Développement Intellectuel), …
  • les troubles psychiques  appelés aussi troubles psychiatriques : troubles bipolaires, schizophrénie, troubles anxieux, …
  • les troubles de la personnalité : TPL (Trouble de la Personnalité Limite), TPA (Trouble de la Personnalité Antisociale),…

Il est à noter que les particularités comme le HPI (Haut Potentiel Intellectuel) ou THPI (Très Haut Potentiel Intellectuel), HPE (Haut Potentiel Emotionnel) ou l’hypersensibilté ne sont pas des troubles et ne figurent donc pas dans ces classifications.

Parfois les mots « maladie » et « handicap » viennent se greffer à ces différentes appellations ajoutant des nuances parfois subtiles mais revendiquées par les intéressés ou les familles concernées. 

Un TND (Trouble du Neurodéveloppement) est le résultat d’un développement atypique du cerveau présent dès la naissance ou apparaissant dans la petite enfance. Ces troubles influencent la manière dont le cerveau traite l’information, perçoit le monde et interagit avec lui. Ils sont constitutifs de la neurologie de l’individu. 

C’est pourquoi, par exemple, les personnes autistes et leurs familles rejetent massivement l’idée que les TSA soient une maladie et parfois même un trouble.  En effet, elles considèrent qu’il s’agit plutôt d’une manière différente de penser qu’un réel trouble en soi. C’est pourquoi les critères diagnostiques dont la fameuse triade autistique ne sont pas considérés comme des symptômes mais plutôt comme des traits constants.  

En France, depuis 1996, l’autisme a été officiellement reconnu comme un handicap car vivre avec un TSA dans un monde créé et fait pour les neurotypiques reste un défi au quotidien pour les personnes concernées. Même si là encore le terme fait débat dans la communauté. 

A l’inverse certaines personnes comme récemment le journaliste Nicolas Demorand qui a rendu publique sa bipolarité clame qu’il est un « malade mental », terme jugé choc pour certains mais utilisé sciemment par l’intéressé pour briser le tabou qui entoure la maladie mentale. 

Les troubles psychiques, dont la bipolarité fait partie, sont généralement liés à des déséquilibres biochimiques dans le cerveau souvent en interaction complexe avec des facteurs environnementaux, sociaux et psychologiques et des prédispositions génétiques. Ils peuvent survenir à n’importe quel moment de la vie et sont de nature fluctuante.

Parmi les personnes concernées par les maladies psychiques, beaucoup préfèrent de loin le mot « trouble psychique » à « maladie psychique » car le terme « maladie » insinuerait l’idée d’une guérison totale hors dans ces troubles on parle plus volontiers de « rétablissement », on apprend à bien vivre avec mais il ne se soignent pas définitivement. Dans le terme « trouble » il y a également l’idée d’un problème qui peut être « rééduqué » pour apprendre à bien vivre avec. La psychoéducation pourrait jouer ce rôle comme une paire de lunettes peut corriger le myopie et soulager la vie quotidienne. 

Rappelons que contrairement aux idées reçues, les personnes atteintes de troubles psychiques sont bien plus souvent victimes de violences qu’auteurs d’actes criminels (10 fois plus en moyenne).  Quand il y a dangerosité, elle est surtout tournée contre eux-mêmes. Les patients dangereux pour la société sont minoritaires et quand c’est le cas c’est le plus souvent induit par un traitement inadapté ou par la prise de substances qui se substituent à une absence de prise en charge ou à une prise en charge non adéquate.  

De plus il est à noter qu’une personne en proie avec un trouble psychique est dans l’incapacité d’anticiper et donc de planifier et préméditer des actes répréhensibles. 

Ainsi une personne capable de commettre de tels actes manque d’émotions, à l’inverse une personne bipolaire est assaillie par un trop plein d’émotions. 

Les troubles de la personnalité sont à différencier des troubles psychiques. Les troubles de la personnalité correspondent à des modes de comportement inadapté aux normes et aux attentes sociétales. Ils désignent des schémas dysfonctionnels de pensées de perceptions, de réactions et de relations qui correspondent peu ou pas aux attentes de l’environnement socioculturel. 

L’usage du mot « psychopathie », quant à lui, qui est pourtant le premier qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque des meurtriers sanguinaires y compris les tueurs en série a été abandonné dans les classifications psychiatriques internationales et ne correspond donc pas est tant que tel à un diagnostic clinique. La HAS (Haute Autorité de Santé) recommande aujourd’hui d’utiliser le terme « organisation de la personnalité à expression psychopathique » notamment pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un trouble psychique mais d’un trouble de la personnalité. 

Là où cela se complique c’est qu’un trouble n’exclut pas l’autre et les TND comme les troubles de la personnalité sont fréquemment associés à des comorbidités psychiatriques. 

Certaines études suggèrent même que le risque de développer un trouble psychique est plus important en cas de trouble du neurodéveloppement du fait de la vulnérabilité neurobiologique partagée et de l’impact psychologique et du stress engendrés par les TND. 

Aujourd’hui, on va encore plus loin et la recherche s’intéresse davantage aux troubles psychiques à début précoce. Un PNDS (Protocole National de Diagnostic et de Soins) pour la schizophrénie à début précoce a vu le jour en 2022. La schizophrénie y est décrite comme un TND.

Car même s’il existe un pic de diagnostic entre 15 et 25 ans – tout comme la bipolarité – la maladie se jouerait bien avant l’apparition des symptômes cliniques typiques de la maladie que l’on retrouve à l’âge adulte et débute le plus souvent plut tôt sous une forme atténuée. 

Lors de la journée des DAR du 21 mai 2025, Etienne Pot, délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement a rappelé que la schizophrénie à début précoce tout comme la bipolarité à début précoce étaient aussi des TND.

Il n’y a pas plus perméables que les frontières diagnostiques en particulier en pédopsychiatrie. D’autant plus qu’il existe aujourd’hui en France une absence de consensus dans de nombreux troubles y compris ceux qui sont reconnus. 

En effet, aujourd’hui, on déplore que plus que la santé mentale, c’est la sémantique qui semble être la grande cause nationale.

Ces confusions ne sont pas anodines elles orientent les regards, les attentes et les prises en charges parfois dans des directions inadaptées par rapport aux besoins des personnes concernées et de leurs familles.

Interdire la vente de couteaux, les réseaux sociaux ou mettre des portiques à l’entrée des écoles n’y changeront rien.

Pourtant le constat est édifiant et effrayant : 1 pédopsychiatre pour 100 000 enfants aujourd’hui en France dont 80% à plus de 60 ans.  A titre de comparaison cela équivaut à un seul policier pour assurer la sécurité des JO de Paris !

Selon l’OMS, 20 à 25% des personnes dans le monde auront un trouble mental au cours de leur vie soit 1 personne sur 4. 75% des français déclarent connaitre un proche qui est touché. Nous sommes donc tous concernés !

Rappelons néanmoins que quelle que soit l’appellation, une maladie qu’elle soit physique ou mental ne définit jamais une personne.

Arrêtons de traiter les symptômes et attaquons nous à la cause : la santé mentale des jeunes ! En s’occupant de la santé mentale de nos enfants on préservera celle des adultes en devenir qu’ils sont mais aussi de toutes les personnes qui les entourent.

La bipolarité ça débute quand ?

🔴 Rappels utiles sur ce que nous dit la science : 

➡️Les études rétrospectives ont mis en évidence que 20 à 40% des adultes bipolaires font remonter le début de leurs troubles à la période de leur enfance.(1)

➡️Les études prospectives, s’intéressant au devenir d’enfants prépubères ayant présenté un épisode dépressif caractérisé, ont montré qu’il s’agissait dans un tiers des cas, de l’épisode initial d’un trouble bipolaire, dont le premier accès (hypo)maniaque apparaîtra en général dans les quatre années suivantes.(2)

➡️étude de Baldessarini de 2012 :

Portant sur 1665 adultes avec un trouble bipolaire de type 1. Il est retrouvé un âge de début de 5% dans l’enfance (<12 ans), 28% dans l’adolescence (12-18 ans) et 53% avec un pic entre 15 et 25 ans.

Dans les formes juvéniles (<12 ans) versus l’adolescence, il est retrouvé plus de récurrence (nombre d’épisodes par an), plus de comorbidité psychiatrique, davantage d’antécédents familiaux de trouble bipolaire.

Cette étude confirme les liens entre antécédents familiaux de trouble bipolaire et mauvais fonctionnement avec un âge de début précoce de bipolarité (pendant l’enfance).

➡️ La méta-analyse de Van Meyer de 2019 retient les chiffres de 0,6% pour la bipolarité de type 1 et de 3,9% pour l’ensemble du spectre bipolaire chez les enfants et les adolescents. 

➡️ La bipolarité chez l’enfant et l’adolescent n’est pas une maladie rare. En effet selon Orphanet, une maladie est dite rare si elle ne touche pas plus d’une personne sur 2000 dans la population européenne soit 0,05% des européens. On est donc loin des chiffres cités plus haut. 

➡️Une autre méta-analyse de Marco Solmi et al. en date de 2022 portant sur l’âge de début des troubles psychiatriques a aussi retrouvé que dans 31% des cas de trouble bipolaire, les premiers symptômes francs se manifesteraient dès l’enfance ou l’adolescence. Pourtant, dans cette même étude, seuls 2,7% des patients avaient un diagnostic de trouble bipolaire posé avant 18 ans.

(1) – Lish JD, Dime-Meenen S, Whybrow PC, The National Depressive and Manic-depressive association (DMDA), survey of bipolar members. J Affec Disord 1994;31;281–94. -Joyce PR. Age of onset in bipolar affective disorder and misdiagnosis as schizophrenia. Psychol Med 1984;14:145–9.

(2) Geller B, Fox LW, Clark KA. Rate and predictors of prepubertal bipolarity during follow-up of 6- to l2- year-old depressed children. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 1994;33:461–8.

L’évolution ne doit JAMAIS être un prétexte au refus de soins et au diagnostic ! 

N'oublions pas que l'annonce du diagnostic médical est une obligation déontologique.

 

Il faut quoi de plus pour que les pédopsychiatres se réveillent et arrêtent de dire comme on l’a entendu plusieurs fois encore cette semaine « la bipolarité ? c’est une maladie de l’adulte, il n’a pas 18 ans, on ne peut rien faire » ou bien encore devant un jeune avec des idées suicidaires +++ : « tant qu’il n’y a pas de passage à l’acte on ne peut rien faire »…

Arrêtez de nous rebattre les oreilles avec l’évolution et de l’opposer au diagnostic. Le suicide a souvent lieu bien avant la révélation du diagnostic ! 
L’évolution est utile pour mieux comprendre les symptômes de la bipolarité chez l’enfant. En effet du fait de l’immaturité du cerveau, les symptômes sont différents par rapport aux adultes. 
Et bien sûr, du fait de la perspective développementale, rien n’est définitif chez l’enfant et le diagnostic devra être réévalué jusqu’à l’âge adulte. 

Mais l’évolution de doit JAMAIS être un prétexte au refus de soins et au diagnostic ! N’oublions pas que l’annonce du diagnostic médical est une obligation déontologique. Elle a par ailleurs l’intérêt pour l’enfant et sa famille de permettre une meilleure reconnaissance des symptômes du trouble et une meilleure compréhension des traitements qui seront proposés dans un second temps. De plus ces informations permettront de favoriser l’observance et l’alliance thérapeutique.

Sous couvert d’évolution, deux autres affirmations sont souvent retrouvées chez les professionnels de santé qui refusent de poser un diagnostic de bipolarité chez l’enfant : 

– L’absence de diagnostic n’empêche pas de traiter les symptômes.

Cette réponse n’est pas acceptable car cela signifie qu’on ne va traiter que les symptômes.  
Le risque sera alors d’exposer l’enfant à un cocktail de médicaments (un par symptôme) avec des médicaments non adaptés voire dangereux selon l’origine de ces symptômes.
Car oui ces enfants sont tellement dysfonctionnels qu’ils seront inévitablement exposés à une médication.
Quant à la prise en charge psychologique, une psychoéducation ciblée sera toujours plus efficace que des conseils généraux. 

– Il ne faut pas « enfermer » l’enfant dans un diagnostic, lui coller une étiquette.

Cette réponse n’est pas une réponse médicale et est fondée sur les préjugées. Le diagnostic ne doit jamais être considéré comme une étiquette, il permet de comprendre et d’avoir des solutions grâce à une prise en charge adaptée. 
C’est en éludant un diagnostic médical qu’il devient stigmatisant.
À l’inverse c’est en informant, communiquant, éduquant qu’on changera la perception et la représentation du diagnostic de bipolarité par le grand public. Ce qui est toujours discriminant c’est une différence qui ne dit pas son nom.
Dans la balance bénéfices/risques, il vaut mieux être victime de fausses idées sur la bipolarité que d’une mort réelle. 
Parmi nos familles, le discours est pourtant unanime : le diagnostic leur a permis de retrouver la liberté.
Et quoi qu’il arrive, si l’évolution n’est pas favorable, il faut réévaluer et cela avec ou sans diagnostic ! 

La psychiatrie sauve des vies, on aimerait aussi que ce soit le cas pour la pédopsychiatrie ! 

[Et merci à tous les pédopsychiatres, psychiatres et professeurs (de plus en plus nombreux) qui nous soutiennent 🙏]

Merci à Pauline pour ce témoignage important paru dans le Monde du 09/02/2025 avec pour titre « Quand j’ai appris ma bipolarité, j’ai pleuré de joie de savoir enfin ce qui m’arrivait » et qui nous a inspiré cet article. 
À la lecture du titre de cet article une autre réflexion nous vient alors :
est-ce au médecin de choisir de poser un diagnostic ou au patient de choisir s’il veut l’entendre ?  

A l’heure où on parle de plus en plus du patient-acteur, il s’agit plus que jamais d’une question d’actualité.
Et si après le patriarcat il était temps de sortir du paternalisme médical ?

Extraits : 

« La première fois qu’un professionnel de santé émet l’hypothèse d’un trouble bipolaire me concernant, j’ai 26 ans et cela fait des années que je vis avec des phases extrêmes de l’humeur. Les difficultés remontent à loin, depuis toute gamine. Ma mère m’a toujours dit que, quand je descendais l’escalier le matin, elle se demandait quelle Pauline elle aurait face à elle, que je pouvais avoir un côté « ange ou démon ». Je garde peu de souvenirs de petite, mais je sais que j’avais du mal avec la gestion de ma colère, et que je dormais très peu. Au collège et au lycée, c’était difficile. Je n’avais pas de mots à l’époque, mais avec le recul je me dis que je traversais déjà des épisodes hypomaniaques (l’une des phases ascendantes du trouble de l’humeur), durant lesquelles je me mettais en danger. J’ai commencé à fumer de la drogue dès la 3e, ce qui générait des crises intenses de paranoïa et de peur de la mort. Je faisais souvent le mur dans mon village. J’ai commencé à vivre de grandes phases dépressives à partir de la 5e.
Tout était constamment un drame, sous couvert de crise d’ado pour mes
parents. J’étais beaucoup en confrontation avec les enseignants, mais à l’école, je restais une très bonne élève. Ma mère se disait que j’étais certainement HPI (Haut Potentiel Intellectue)] et que cela expliquait mes sautes d’humeur et mon rapport conflictuel aux professeurs. A l’époque, je n’avais jamais entendu parler de bipolarité et je n’aurais pu faire le lien. Mon seul contact avec la question de la santé mentale avait pris la forme de discussions avec ma demi-sœur, qui avait été diagnostiquée schizophrène, tout comme mon oncle. Ensemble, on parlait surtout de dépression, car c’était ce que je pensais vivre.

(…) Cela devient lourd pour mon entourage, car mes cycles sont alors très fréquents. Je peux me réveille certains matins complètement déprimée, puis, deux jours plus tard être en pleine phase hypomaniaque.

(…) Le poids des stéréotypes est toujours là. La bipolarité est encore très mal représentée à l’écran. Je ne me reconnais jamais dans les films ou les séries qui présentent des personnages bipolaires : moi je ne finis pas à l’hôpital tous les quatre matins, et je ne vais pas plonger dans la Seine toute nue. A un moment, je me suis même demandé si je l’étais vraiment, tellement cela ne collait pas avec les clichés. Il y a un immense travail à mener sur les représentations. »

 

Pour lire l’article du Monde dans son intégralité c’est par ici :

https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/02/09/quand-j-ai-appris-ma-bipolarite-j-ai-pleure-de-joie-de-savoir-enfin-ce-qui-m-arrivait_6538430_4401467.html 

 

TDAH, bipolarité, quels impacts sur l’espérance de vie ?

Il n’aura fallu que quelques jours suite à la publication de l’étude des chercheurs de l’Université de Cambridge (Etats-Unis) dans le « British journal of psychiatry », pour voir fleurir sur la toile de nombreux articles la relayant et publiant en gros titres le lien entre diagnostic de TDAH et durée de vie. En effet selon cette étude, le diagnostic de Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité serait associé à une réduction de l’espérance de vie de près de sept ans pour les hommes et de près de neuf ans pour les femmes.

Analysons les données de plus près. 

L’objectif de cette étude était d’estimer le nombre moyen d’années de vie perdues chez les patients avec un diagnostic de TDAH, sur la base des données de mortalité toutes causes confondues chez les adultes britanniques entre 2000 et 2019. 

Il convient donc de nuancer ces résultats ou en tout cas ne pas omettre de préciser les réserves formulées afin de les rendre plus fidèles aux conclusions de leurs auteurs eux-mêmes.

En effet, les scientifiques ont découvert que les problèmes de santé physique et mentale étaient plus fréquents chez les personnes atteintes de TDAH. Mais le résultat de l’étude étant basé sur les décès toutes causes confondues, il n’est donc pas possible à partir de ces données d’attribuer ce risque de surmortalité précoce à la seule présence d’un TDAH. Cette surmortalité peut aussi être due à d’autres maladies mentales associées ou aux problèmes de santé physique.

La seule conclusion est que les personnes atteintes de TDAH sont plus susceptibles de recevoir un diagnostic de chacun des 13 problèmes médicaux examinés (diabète, hypertension, cholestérol, cardiopathie ischémique, maladie respiratoire chronique, épilepsie, dépression, maladie mentale grave, anxiété, automutilation/suicide, autisme, déficience intellectuelle, trouble de la personnalité) et d’être confrontés dans leurs habitudes de vie à davantage de tabagisme et de consommation excessive d’alcool.

 

Les chercheurs le précisent d’ailleurs explicitement : il est peu probable que le TDAH en lui-même soit la raison de l’écart d’espérance de vie, cela serait plutôt en lien avec une série de risques associés à ce trouble comme ceux cités plus haut. 

 

De plus ils ajoutent que « le manque de services spécialisés pour l’évaluation du TDAH chez l’adulte au Royaume-Uni signifie que les adultes diagnostiqués peuvent surreprésenter ceux qui ont des problèmes de santé mentale concomitants, ce qui les a amenés à être en contact avec des spécialistes qui ont diagnostiqué leur TDAH. Cela conduirait à une classification erronée de l’exposition différentielle : l’association entre ces conditions et une espérance de vie réduite pourrait fausser les résultats et conduire à une surestimation des années de vie perdues.

Étant donné que les critères de diagnostic du TDAH étaient plus stricts au moment du recrutement pour cette étude, les participants peuvent surreprésenter ceux qui ont des besoins de soutien plus importants, par rapport aux personnes qui répondent en moyenne aux critères actuels du TDAH ». 

Les personnes avec un TDAH sévère et donc avec plus d’autres maladies mentales seraient donc surreprésentés dans cette étude.

 

Kevin McConway, professeur émérite de statistiques appliquées à l’Open University au Royaume-Uni, qui n’a pas participé à l’étude, a déclaré dans un communiqué que la recherche était « frappante » mais qu’elle « laissait de nombreuses questions importantes sans réponse » en précisant que la question la plus importante est de savoir ce que l’on peut faire à ce sujet.

Il a ajouté que cela dépendait de la question de savoir si le TDAH est à l’origine de la réduction de l’espérance de vie. Ce à quoi cette étude, aujourd’hui, ne peut pas donner de réponses. 

Les chercheurs de l’étude ont d’ailleurs conclu que parmi les solutions « outre le soutien spécifique au TDAH », on pourrait encourager « les approches visant à améliorer la sensibilisation aux problèmes de santé physique et mentale plus fréquents chez les personnes atteintes de TDAH » et « promouvoir un accès rapide à des services de soutien en santé mentale et de sevrage tabagique ». 

 

On pourrait donc avoir une lecture bien différente de cette étude en se demandant si les autres troubles psychiques sont suffisamment recherchés chez les patients ayant un TDAH et si cette négligence conduirait à une surmortalité de celui-ci d’autant plus qu’en cas de troubles bipolaires associés la médication pour le TDAH sans protection par un thymorégulateur peut entraîner un virage de l’humeur pouvant aller jusqu’au suicide !

 

Cette étude ne dit donc pas que le TDAH est un trouble qui augmente la mortalité. D’ailleurs en cas de tentatives de suicide ou d’idées suicidaires, le diagnostic devrait toujours être réévalué à la recherche d’un trouble psychiatrique associé qui pourrait mieux expliquer les difficultés rencontrées. 

 

Rappelons que cela fait même partie des critères diagnostiques du TDAH dans le DSM5 : 

« Les symptômes ne surviennent pas exclusivement au cours d’une schizophrénie ou d’un autre trouble psychotique et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (ex. trouble thymique, trouble anxieux, trouble dissociatif, trouble de la personnalité, intoxication par une substance ou sevrage d’une substance.) »

 

A l’inverse, de nombreuses études ont prouvé que la bipolarité, elle, était mortelle.

 

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les troubles bipolaires figurent au 6ème rang mondial des handicaps. Les malades présentent une espérance de vie réduite de 10 ans en moyenne par rapport à la population générale. 

La Haute Autorité de Santé souligne également que le trouble bipolaire est l’une des pathologies psychiatriques les plus graves, qui conduit à des tentatives de suicide : 1 malade sur 2 fera au moins une tentative de suicide dans sa vie et 15 % décèderont par suicide. 

 

Enfin rappelons aussi que tous les critères du TDAH sont retrouvés dans la bipolarité mais que l’inverse n’est pas vrai. 

 

Cette précision est particulièrement importante dans le monde de la pédopsychiatrie où la majorité des médecins pensent que le TDAH est un trouble de l’enfance et que la bipolarité est une maladie de l’adulte. Ainsi la bipolarité chez l’enfant est toujours envisagée en dernier en particulier quand elle s’est déjà aggravée à la fin de l’adolescence. De plus, et c’est probablement ce qu’il faut retenir de cette étude, un TND n’exclut pas un trouble psychiatrique et inversement. Le diagnostic peut donc être différenciel mais aussi multiple. 

 

Évitons les raccourcis, les interprétations erronées ou le sensationnalisme qui favorisent les erreurs de diagnostic et les mises en danger en retardant l’accès à des soins adaptés.

Les personnes concernées en seront toujours les premières victimes ! Ne l’oublions pas : l’ignorance tue.

 

Seule une véritable démarche scientifique exempte de tout biais nous permettra réellement de faire avancer la cause de la santé mentale.

Ensemble restons attentifs !

 

Pour consulter l’étude dans son intégralité :

Life expectancy and years of life lost for adults with diagnosed ADHD in the UK: matched cohort study | The British Journal of Psychiatry | Cambridge Core

https://www.cambridge.org/core/journals/the-british-journal-of-psychiatry/article/life-expectancy-and-years-of-life-lost-for-adults-with-diagnosed-adhd-in-the-uk-matched-cohort-study/30B8B109DF2BB33CC51F72FD1C953739 

 

Bipolarité juvénile, Everest de la pédopsychiatrie ?

Cet article du journal Le Monde en date du 02/10/2024 :
https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/10/02/sante-mentale-pourquoi-la-prescription-de-psychotropes-chez-les-jeunes-s-envole_6341710_3224.html
qui propose une excellente analyse sur la raison de la hausse de la prescription des psychotropes chez les jeunes (antidépresseurs,anxiolytiques, antipsychotiques, hypnotiques, thymorégulateurs confondus) nous a amené à  nous interroger sur la place qu’occupe la bipolarité juvénile en pédopsychiatrie.  

En effet, on constate « +60% de jeunes sont sous antidépresseurs, +38% sous antipsychotiques (prescrits pour la schizophrénie ou la bipolarité notamment) et +8% sont sous anxiolytiques ».
 
Ainsi, en 2023, 4137 jeunes de 12 à 15 ans et 4993 jeunes de 16 à 19 ans se sont vus délivrés une ordonnance de psychotropes.
 
Parmi les 5 hypothèses avancées on retrouve : 
 
➡️la dégradation de la santé mentale des jeunes en particulier depuis le Covid 
 
➡️la prise en charge trop tardive des troubles psychiques en raison d’un système de soins saturé par les besoins. L’aggravation des troubles sans prise en charge entraîne ainsi une hausse de la prescription des médicaments.
Jean-François Pujol, pédiatre précise « On ne va pas laisser un ado qui ne dort pas, qui a terriblement besoin d’apaisement, sans traitement. Ni un enfant qui lève la main sur ses camarades, sur ses parents, et qui est en souffrance comme toute sa famille, sans réponse thérapeutique. On finit parfois de guerre lasse, par donner un sédatif ou un neuroleptique, en attendant un rendez-vous dans un CMP ou chez une pédopsychiatre, qui viendra peut-être quelques semaines, quelques mois plus tard…au mieux. »
Même si, par ailleurs, il affirme qu’il s’est formé au cours de sa carrière et qu’aujourd’hui il est capable de mieux prescrire ces molécules.
 
Concernant ce point, et de part notre savoir expérienciel, nous pouvons également ajouter une méconnaissance de la bipolarité juvénile. Ainsi la bipolarité est prise en charge en fin d’adolescence ou au début de l’âge adulte quand les symptômes se sont aggravés et sont déjà devenus plus typiques en se rapprochant de ceux retrouvés chez les adultes. 
 
➡️ la question sensible de la mauvaise prescription : antidépresseurs et anxyolitques VS psychothérapie. En effet la HAS (Haute Autorité de Santé) préconise « en première intention » de privilégier les psychothérapies. 
Notons là encore que la difficulté d’accès aux soins est un frein pour beaucoup de familles : problèmes des déserts médicaux et de remboursements des séances.
 
➡️un meilleur repérage : peut-on parler d’un rattrapage du retard des diagnostics ? « Parvient-on à repérer plus précocement certains troubles ? Autrement dit, réussit-on à mieux détecter que par le passé certaines maladies mentales ? » s’interroge le journal. 
Pauline Chaste, pédopsychiatre à l’hôpital Necker-Enfants malades souligne : « Il existait un important retard de diagnostic pour le trouble bipolaire et la schizophrénie ». Et d’ajouter une autre explication à la forte hausse des antipsychotiques : « Nous prescrivons aussi ces traitements à des jeunes qui n’ont ni troubles bipolaires ni schizophrénie, mais qui peuvent être impulsifs, se mettre en danger, multiplier les tentatives de suicide, et en avoir besoin, à court terme ».
 
➡️des jeunes qui se tournent plus facilement vers les soins d’autant plus parce que le panel des symptômes pris en charge s’est élargi : dépressions mais aussi troubles anxieux, phobies scolaires, TOCs, stress post-traumatiques, …
 

Rappelons tout de même à toutes fins utiles que la même HAS indique également dans ses recommandations : 

✅ »Devant tout épisode dépressif, il est recommandé de rechercher des arguments en faveur d’un trouble bipolaire. Il est important de différencier les troubles bipolaires d’un épisode dépressif caractérisé isolé ou récurrent car le traitement et la prise en charge ne sont pas les mêmes. »

Certaines études avancent qu’un pourcentage important de personnes diagnostiquées dépressives seraient en fait bipolaires. Les erreurs de diagnostics pourraient expliquer une multiplication du nombre de psychotropes non adaptés et une augmentation de leur posologie mettant en danger la vie de nos jeunes.
 
✅ « Devant une tentative de suicide chez un adolescent ou un adulte jeune, il est nécessaire de rechercher un trouble bipolaire. »
 
✅ »Il faut donc évoquer un trouble bipolaire chez un adolescent ou un adulte jeune devant tout épisode dépressif, certaines pathologies psychiatriques (addictions, trouble des conduites,  troubles anxieux), tout passage à l’acte suicidaire. »
 

Nous aimons l’optimisme de la pédopsychiatre qui utilise l’imparfait pour parler de la bipolarité juvénile. Si seulement ! Pourtant aujourd’hui on continue d’affirmer majoritairement que la bipolarité juvénile n’existe pas. 

Pourquoi refuser de poser un diagnostic chez un jeune à qui on prescrit des thymorégulateurs « jusqu’à preuve du contraire » ? Nous insisterons toujours sur ce point : ne pas poser de diagnostic est une perte de chance pour le jeune car il entraine une mauvaise observance du traitement voire un refus de soins et prive toute la famille d’outils non médicamenteux comme une psychoéducation ciblée.

 
Voilà maintenant prés de 15 ans que nous œuvrons chaque jour pour faire connaître et reconnaitre la bipolarité juvénile ! 
Dans quelques années, on espère moins, on pourra sans doute dire, que nous avons été les pionniers dans ce domaine et que nous avons gravi notre « Everest » sans oxygène !

Dans tous les cas si nous n’avions qu’un souhait à formuler : ce serait celui de voir plein « d’  Inoxtag » prendre notre suite !

Nos BD « Faut pas prendre les cons pour des parents »

Faut pas prendre les cons pour des parents.

La lecture de la BD « Faut pas prendre les cons pour des gens » d’Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud aux éditions Fluide Glacial nous a beaucoup inspirés ! Nous y avons trouvé beaucoup de points communs dans l’absurdité des situations que nous vivons chaque jour.
Une déclinaison nous a paru intéressante pour retranscrire ce que vous nous rapportez quotidiennement…
Découvrez nos planches à partager sans modération.

(c) Textes : Kalaëtidoscope – (c) Illustrations : Rico Gripoil