Chaque jour nous recevons des dizaines de messages. 
Des appels au secours la plupart du temps mais aussi parfois des témoignages remplis d’espoir qui nous incitent à poursuivre notre engagement.

Le constat est dramatique et sans appel : même si chaque histoire est singulière, elles sont toutes similaires. 

Parce que ces situations sont indignes de notre pays, que les promesses sont insuffisantes et qu’il est urgent de prendre des mesures concrètes, nous avons décidé d’en retranscrire certaines.

Des cas cliniques, des faits, juste des faits, sans commentaire, comme un état des lieux de la prise en charge de la santé mentale des enfants et des adolescents en France et de l’ampleur de la méconnaissance des troubles psychiques dans cette tranche d’âge. 
Parce qu’il n’y a pas de discours plus puissant que le vécu des familles.
Parce qu’on ne peut rien objecter à la réalité qui ne relève ni d’une opinion ni d’une croyance. 

➡️ Pour alerter,
➡️  Pour arrêter d’attendre 
➡️ Pour faire réagir,
➡️ Pour agir,
➡️ Pour que personne ne puisse plus jamais dire « on ne savait pas »…
➡️  Pour que chacun prenne ses responsabilités.

En tant qu’association de parents, nous avons pourtant des solutions simples à proposer et nous ne demandons qu’à être entendu. 

Et vous, vous feriez quoi ?

Commentez. Partagez. Témoignez.

Pour qu’il ne soit plus jamais trop tard.
 
Mathilde a 8 ans et vit dans l’ouest de la France.  
Elle est suivie depuis ses 5 ans mais présente des troubles du comportement, du sommeil et de l’alimentation depuis l’âge de 6 mois. A 5 ans elle a été victime d’un attouchement par un adolescent (main dans la culotte). Elle a une soeur de 12 ans compréhensive et bienveillante considérée comme HPE. Malgré tout elle a développé des troubles anxieux et des TOCs que sa psychologue attribue au climat familial. En effet, selon elle,  cela lui permettrait de contrôler ce qu’elle peut à défaut de pouvoir contrôler les comportements de sa soeur. 
La famille est unie et les parents sont soudés. 
 
Mathilde  a reçu un diagnostic de trouble envahissant du développement par une pédopsychiatre en CMP mais ce diagnostic a été remis en question par un professeur après la passation de l’ADOS-2, il a alors parlé de traumatisme en lien avec les attouchements subis. 
 
Plusieurs prises en charge ont été mises en place : neuropsychologue, psychomotricien, CMP (pédopsychiatre, psychologue, éducateur spécialisé, ateliers d’habileté sociale) et différents traitements ont été essayés : Atarax, Nozinan, Risperidone, Medikinet, Slenyto, Largactil.
L’Atarax n’a pas fonctionné. le Rispéridone a été efficace mais l’a beaucoup fait grossir. Le Largactil a dû être arrêté au bout d’un an à cause d’effets secondaires importants (grande sécheresse de la bouche et des yeux). Le Slenyto l’a rendue plus agressive. 
 
Malgré les nombreux suivis et les essais médicamenteux, les parents ne constatent aucune amélioration sur le comportement et le bien-être de leur fille.
Ils s’interrogent sur le début d’une bipolarité. Du côté de la maman des troubles bipolaires sont retrouvés sur 3 générations (mère, grand-père, arrière-grand-mère). Du côté du papa on retrouve aussi de la schizophrénie et des comportements marginaux avec addictions. 
 
Les difficultés quotidiennes rencontrées sont :
  • agressivité verbale et physique avec une grande intolérance à la frustration
  • dans la confrontation et l’opposition permanente, recherche systématiquement le conflit
  • se considère comme une adulte et pense pouvoir faire ce qu’elle veut
  • hyperactivité permanente, fait du bruit, a besoin d’attirer l’attention
  • difficultés d’endormissement avec fatigue le matin et somnolence dans la journée
  • hypersexualité depuis ses 4 ans (découverte et pratique de la masturbation)
  • hypersensorialité : aliment, vêtement (couture, élastique)
  • difficultés à gérer ses émotions positives ou négatives
  • souvent dans les excès : elle peut avoir un comportement totalement inadapté et être indifférente à la réaction des autres ou à l’inverse être très généreuse et dans l’empathie extrême
  • régression par moment : fait le bébé. 
  • recherche une présence physique réconfortante
  • comportement de harcèlement récurrent envers ses parents, sa soeur et parfois ses chats
  • ne supporte pas l’ennui et à tendance à voler dans ces moments-là (affaires, nourriture)
  • difficultés pour aller à l’école en lien avec des difficultés scolaires et au fait de devoir se contenir aux prix d’efforts coûteux 
  • hallucinations (Mathilde voit des scènes et des personnes qui lui font peur lorsqu’elle ferme les yeux, elle a souvent des pensées horrifiantes qu’elle qualifie de cauchemars. Elle dit souvent penser à la mort de ses proches et la visualise parfois.)
  • tendance à l’affabulation
 
Ces symptômes s’aggravent de jour en jour en laissant la famille totalement démunie et en grande souffrance.
 
En consultation Mathilde parvient à prendre sur elle et à « dissimuler » ses symptômes avant d’exploser avec ses parents au retour au domicile. Mathilde ment même régulièrement et a affirmé que ses parents la frappait ce qui a eu pour conséquence un signalement de la part de la psychologue.  
Cela entraîne de grandes difficultés pour la famille dont la parole est systématiquement discréditée. Cela a même poussé les parents à réaliser des vidéos et des photos des crises qui se déroulent majoritairement à la maison. Mais pour le CMP cela a renforcé l’idée qu’il s’agissait d’un problème éducatif. 
 
La famille a réalisé un arbre généalogique précis avec l’ensembles des antécédents familiaux mais le CMP considère que « ça n’a rien à voir ». Cependant ils font remarquer aux parents que ces antécédents familiaux « lourds » pourraient impacter négativement leur éducation et induire des relations nocives avec Mathilde.
 
 A l’issue d’un énième rendez-vous, le diagnostic de cyclothymie/bipolarité est écartée par la pédopsychiatre du CMP car elle n’a été témoin d’aucun symptôme décrit par les parents.
Cependant elle avoue être à court d’idée et la seule solution proposée est l’intervention d’une TISF ou de l’aide sociale à l’enfance. Elle rajoute que légalement elle ne peut désormais plus justifier la prescription de neuroleptiques.
 
Le rendez-vous se clôture par une prescription de Théralène et sur ces mots : 
 « On ne dit pas qu’on ne vous croit pas, mais on n’est témoin d’aucun symptôme dont vous nous parlez.
On entend vos appels au secours et concevons votre épuisement qui, selon nous,  mettent davantage Mathilde en insécurité » .

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