Léo a 10 ans. Il est né dans le cadre d’une GPA aux Etats-Unis et vit avec sa sœur jumelle et ses deux papas. Au niveau des antécédents familiaux, du côté de son père génétique, il y a un oncle qui s’est suicidé, un cousin diagnostiqué bipolaire et plusieurs personnes dépressives.
Dès l âge de 4 ans Léo se montre opposant, colérique, émotionnellement électrique, assez desobeissant. Puis après des hauts et des bas, quelques passages chez un psychologue, son entrée en CE2 marque le début de l’enfer. Léo devient très colérique, agressif et violent verbalement, et même physiquement avec ses parents. Il fait des crises clastiques qui peuvent durer des heures avec vol d’argent et achat compulsif. Cela s’accompagne même d’une mise en danger car il fugue régulièrement.
Ses parents débutent alors un nouveau suivi chez une psychologue psychanalyste. Léo ne parle jamais, ses deux papas sont présents à toutes les séances. Ses papas doivent se battre pour l’y emmener, souvent de force. La situation continue de se dégrader. La psychanalyste voit les symptômes de Léo comme l’expression d’un problème identitaire en lien avec l’histoire de sa naissance.
Ses parents décident alors de consulter un pédopsychiatre en libérale. Léo a alors 8 ans. Ce médecin est décrit par ses parents comme très investi et à l’écoute. Dès le départ, il diagnostique un TDAH mais pressent que Léo a d’autres comorbidités dont des troubles anxieux. Après l’échec du Methylphenidate (crise de tristesse le soir), un antidépresseur est rapidement prescrit (Fluoxetine).
Pendant quelques semaines ses parents parlent de « miracle » et disent retrouver Léo. Mais très vite son état se dégrade à nouveau. La Fluoxetine est augmentée. Une amélioration est constatée pendant quelques jours. Puis Léo commence à prendre des risques, à moins considérer le danger.
La rentrée arrive, l’automne est catastrophique. C’est à ce moment-là qu’est introduit l’Abilify pour la première fois. La posologie est rapidement augmentée mais Léo réagit mal : ralentissement, tremblements. L’Abilify est arrêté et remplacé par du Risperdal. Comme aucune amélioration n’est constatée, tous les traitements sont arrêtés progressivement.
Pendant 2 mois Léo fait de fortes crises : insultes, méchanceté envers d’autres enfants comme sa sœur ou ses cousines voire violence psychologique, violence verbale et physique sans limite avec ses parents.
Le pédopsychiatre recommande aux parents d’appeler les pompiers et fait une demande d’hospitalisation auprès de l’hôpital de secteur. Après 2 passages aux urgences Léo est hospitalisé une première fois dans un service spécialisé dans l’évaluation des troubles du neurodéveloppement pour 2 semaines.
Léo ressort avec un diagnostic de TDAH et de TDDE.
On lui prescrit de la Fluoxetine. 2 mois plus tard il est de nouveau hospitalisé pendant une semaine.
L’Abilify est de nouveau prescrit et est mieux toléré. Le CMP prend la relève de l’hospitalisation. Léo s’oppose farouchement à toute psychothérapie.
Pendant 2 ou 3 mois, il a des hauts des bas, son état reste très instable et les doses sont augmentées.
Léo est très agité, la violence est de retour (elle n est jamais vraiment partie). La Fluoxetine est arrêtée au profit de la Sertraline qui est augmentée progressivement.
Cela apporte quelques jours de calme avant une « franche dégringolade » selon l’expression de ses parents.
L’Abilify est augmenté. A l’automne la Sertraline est augmentée une dernière fois. Cela marque le début d’une période décrite comme cauchemardesque par ses parents et qui durera un mois. Léo fait un virage hypomaniaque mixte. La noirceur est intense, les crises se multiplient, la plus petite frustration est insupportable.
Léo traverse des moments de culpabilité où il se frappe. Il dort moins, est agité en permanence, se dispute tout le temps avec tous les enfants, fait preuve de méchanceté gratuite, vole, mange pendant les crises de manière compulsive. Son pédopsychiatre en libéral s’inquiète et parle de bipolarité juvénile.
Il connaît mal le sujet, il demande à ses parents de réduire les doses des médicaments et présente la situation de Léo à des collègues plus spécialistes qui conseillent de débuter le Lithium et d’arrêter immédiatement la Sertraline.
Le Lithium est débuté. Au même moment un hôpital répond à la demande d’hospitalisation déposée dans plusieurs hôpitaux par ses parents qui sont au bord du burn out.
Il s’agit d’un nouvel hôpital. Ils repartent de 0. Le Lithium n’est pas poursuivi. Tous les traitements sont arrêtés et commence alors une phase d’observation. Seule le Loxapac est administré pour contenir l’agitation. L’Abilify est réintroduit, du Xurta est ajouté. Le médecin annonce aux parents qu’ils ont fait le tour des solutions médicamenteuses « classiques » et qu’il débutait désormais une approche individualisée. Le Tegretol est alors introduit.
Malgré tout quand les parents interrogent les médecins le diagnostic de troubles de l’humeur est toujours écarté. Depuis, à l’hôpital, Léo est moins opposant, plus stable, mais les visites de ses parents et les permissions le déstabilisent systématiquement et son humeur s’effondre.
Cela fait maintenant 3 mois que Léo est hospitalisé. Ses parents se disent perdus. Le chef de l’unité leur fait une nouvelle restitution : Le Tégrétol n’a pas donné les résultats attendus (fatigue, agitation, déprime). D’après lui si Léo réagit mal au thymorégulateur c’est qu’il n’a probablement pas un trouble de l’humeur.
Ses parents évoquent la cyclothymie, le médecin sourit : la cyclothymie n’existe pas vraiment avant 20 ou 30 ans.
Sa conclusion est la suivante : Léo les met tous, parents, soignants en échec et en difficulté pour l’amener vers le mieux et à minima la psychothérapie mais il n’y a pas vraiment de « molécule » pour Léo à part le Xurta qu’il peut encore augmenter et l’Abilify qui le contient un peu. La plupart de ses symptômes seraient psychologiques.
Malgré tout ses papas gardent espoir à chaque fois qu’ils croisent le sourire lumineux de leur fils.
Ils pensent reparler du Lithium avec le pédopsychiatre qui suit Léo en libéral.