aux familles et éducateurs
d'enfants et adolescents cyclothymiques
Trouble de l'humeur - Cyclothymie - Bipolarité
06/02/2012
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Gérer les crises de l'élève cyclothymique :
L'enfant fait des crises de colère, souvent avec violence contre les objets, contre vous, ou contre lui-même. Ce qui semble incompréhensible, c'est que cela peut partir d'un tout petit rien, et de manière imprévisible.
Ces crises reviennent. Vous vous sentez démunie face à cela, d'autant qu'il a déjà été exclus, puni... etc etc!
Je vous propose d'apprendre à connaître ce phénomène de crise, à ne pas l'alimenter et aider l'enfant à se calmer, à repérer les signes avant-coureurs, puis à prévenir les crises suivantes.
D'une manière générale : JAMAIS DE BRAS DE FER avec un élève cyclothymique.
Dans le cerveau
Cela provient d'une frustration ingérable biologiquement, qui déclenche dans son cerveau un "tsunami émotionnel". Les émotions affluent, beaucoup d'émotions, tellement que cela déborde.
L'image du tsunami, est très représentative, avec cette vague qui grossie, grossie pour finir par tout dévaster.
Le cerveau fonctionne à toute allure, s'emballe et n'a plus aucune ressource pour prendre du recul :
Ce processus bloque le cerveau cognitif, celui de la pensée, de la logique.
Tout stimuli est amplifié.
L'enfant ne le fait pas exprès, il est incapable d'y faire face, et toute personne en proie à cet embrasement, serait tout aussi incapable de le gérer seul.
L'enfant est démuni, et même si cela ne se voit pas, il essaye par tous les moyens de se calmer, lui-même ne comprend pas ce qui lui arrive. Il est stressé, a peur, culpabilise, ses idées sont bloquées sur son ressenti et le déclencheur, le tout mélangé à de la colère.
Pendant la crise
L'enfant est en mode ultra sensible : tout stimuli emballe un peu plus son cerveau, comme s'il n'avait plus de filtre, de protection. Il faut donc éliminer tout ce qui empêche le retour au calme :
- Lumière : Sans le mettre complètement dans le noir, éteignez toutes lumières vives. De jour, il peut être utile de tirer les rideaux....
Trouvez un coin dans la pénombre dans l'établissement et essayez de l'y emmener.
- Bruit : Exigez le silence dans la classe.
- NE CRIEZ PAS : Le cri est une alerte, et mobilise les forces d'une personne pour la fuite (au mieux) ou l'affrontement. En effet, c'est une alerte de danger naturellement. En cas de crise c'est comme déclencher un plan Orsec dans son cerveau.
- Ne le raisonnez pas : il n'a pas accès à la logique et au raisonnement, c'est donc illusoire.
Ce n'est absolument pas le moment de l'éduquer, de lui faire la morale.
- Votre stress : Il le reçoit 5 sur 5, cela augmente le sien de manière exponentielle. N'oubliez pas, il est débordé par lui même et certainement très anxieux et stressé de ne pas arriver à se calmer.
Vous avez le sentiment que c'est une urgence : c'est vrai!
Mais urgence ne veut pas dire précipitation.
Donnez vous le temps d'agir efficacement. Quelques minutes de plus vont vous faire gagner beaucoup de temps, et vont prévenir les rechutes.
L'objectif, c'est donc de rester le plus calme possible :
- Éloignez vous, 5 minutes, il faut impérativement être un pilier, Il est enfant, vous êtes adultes : il vous faut donc avoir accès à toutes vos ressources, à toute votre humanité, à tout votre raisonnement. La bataille peut être rude.
Quand on est en milieu scolaire, c'est particulièrement compliqué :
Essayez de l'emmener dans un coin calme
Essayer de sortir, d'aller aux toilettes
Demandez à un collègue du renfort...
- Respirez profondément, vous même avec le stress, avez le cerveau un peu bloqué, voir complètement inopérationnel. Respirez profondément pour baisser le rythme cardiaque. Quand le rythme est normal, alors le cerveau se calme, le stress diminue et c'est contagieux.
Moi je parle à mon coeur et mon cerveau en temps que personne : "tout va bien, je vais gérer, ne t'emballe pas" Je ne sais pas pourquoi, mais ça marche. A
- Regardez les débordements de l'enfant cliniquement. C'est un peu comme une plaie qui saigne et qu'il faut soigner. Le but est de faire intervenir le moins possible vos propres émotions. Avec de l'entraînement on arrive à les mettre dans une boite fermée (Attention, ne pas oublier de les libérer une fois la crise passée, sous peine de sommatiser)
- Parlez calmement avec des phrases courtes : Utilisez la voix la plus grave possible et que ce soit constant: les aigus sont plus agressifs, les variations plus anxiogènes. Vous pouvez également baisser la voix.
- Mettez des mots sur les émotions de l'enfant et les vôtres : utilisez l'écoute active dans un premier temps, puis si vous pouvez la communication empathique. L'objectif étant qu'il vide un peu son sac pour décharger sa tension émotionnelle et puisse reprendre le contrôle sur son cerveau.
- Faites la sourdes oreilles à ses attaques. Cet aspect est le plus difficile à obtenir, ne baissez pas les bras. Il ne pense pas vraiment ce qu'il dit, il parle sous le coup de la colère. Son véritable sentiment, il sera à même de vous le dire après la crise quand vous reparlerez de cet épisode.
- Soyez plus que gentil, prenez le contre pied de sa violence en lui demandant si ça l'aiderait :
- Que vous le laissiez tranquille et reveniez plus tard
- Que vous fassiez un petit tour dehors avec lui...
- Que vous alliez prendre une boisson
- .../...
Trouvez ce qui fonctionne ... en tâtonnant.
En résumé :
Ne parlez que de se calmer, de se détendre.
Dites lui que le sujet sera abordé quand tout le monde sera plus calme.
Ne vous justifiez pas face à ses attaques.
Utilisez la répétition calme s'il refuse d'entendre ce que vous lui dites.
Après la crise
Il faut impérativement débriefer pour vider tout ce qu'il reste de ressentiments, pour éviter que cela ne se reproduise. Vient le moment de la conversation calme.Attention au départ de feu, quand vous aborderez ce qui l'a mis en colère, soyez calme et utilisez la communication empathique.
Cherchez les causes :
Parfois il n'y a pas de cause vraiment tangible, cela nous semble des petits riens. Pour lui c'est important, ce peut-être lié directement au cerveau qui est en mode irritable, mais ce peut-être due à ses failles psychologiques, ou à une cause reelle et importante à nos yeux de parent. Ce qui revient souvent :
- L'imprévu
- La survenue d'inconnus
- Le sentiment d'être incompris
- Le sentiment d'être rejetté, ou transparent
- Les peurs, les phobies
- Une mauvaise interprétation de votre expression corporelle, ou de vos paroles.
- Lui demander une nième action alors qu'il est mixte et qu'il n'arrive pas à gérer les consignes.
- Un problème relationnel à la maison, à l'école...
- Une injustice
- .../...
Proposez lui des "protocoles anti-crise" pour éviter de se retrouver en situation de crise.
Quand il sent monter la pression, qu'il le dise, et puisse sortir de la classe, aller voir la CPE, ou l'infirmière....
Proposez-lui de changer de sujet pour ne pas s'enerver, et de réaborder les choses plus tard, quand tout le monde est calme.
Faites participer l'enfant à l'élaboration de ce modus operandi.
Les idées suicidaires
Un des risques important dans la cyclothymie, c'est les idées suicidaires et pas seulement à l'adolescence. Certains enfants, peu, peuvent passer à l'acte très tôt.
Il n'est pas naturel qu'un enfant pense que la vie ne vaut pas la peine.
Quand il l'exprime c'est un signal pour dire "je ne vais pas bien et je n'arrive pas/plus à faire face".
D'une manière générale, il ne faut jamais négliger la souffrance, l'enfant a besoin d'être au minimum écouté.
Quand l'enfant exprime une idée noire :
- LE SIGNALER ABSOLUMENT A l'INFIRMIERE, ou mieux AU MEDECIN SCOLAIRE.
Il aura le recul nécessaire pour jauger la situation et il connait les procédures d'urgence si besoin.
- PREVENEZ SES PARENTS : Nul n'est capable de savoir exactement ce qui se cache derrière une idée noire.
- PARLEZ AVEC LUI, mais surtout ne minimisez pas : "Ya plus malheureux que toi... " Simplement faites le parler et écoutez le avec bienveillance. Demandez-lui ce que vous pouvez faire pour l'aider à moin souffrir.
Pour en savoir plus : Fiche Parent: les idées suicidaires
EN SAVOIR PLUS ?
La crise,
c'est une situation dans laquelle tout ce que l'on pensait être vrai devient faux
Un tsunami émotionnel :
C'est un afflux d'émotions, souvent contraires qui provoquent un ressenti très violent.
Vouloir contrôler
c'est crisper une situation.
Lâcher prise est une étape souvent salutaire. Car elle va permettre de faire le point.
Analogie avec le kayak :
Dans un rapide, on ne peut pas lutter contre le courant. Il faut agir avec, en pagayant plus vite pour garder son équilibre et pour éviter de se faire renverser ou entraîner dans des voies sans issues.
LIENS
CYCLOPIBIPOZORUS :
Schéma de tension
Conversations
CTAH : Gérer la colère des jeunes
CTAH : Mon enfant est explosif
CTAH : Je suis un parent depassé par les crises de mon enfant bipolaire :
Chap 1 : Le pouvoir de la frustration
Chap 2 : Apprendre
Chap 3 : Anticiper
Chap 4 : Résolution
Chap 5 : Empathie
Chap 6 : Identifier
Chap 7 : Solution de crise
Chap 8 : Ensemble
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